Réflexions du Burkina Faso après la visite du Fonds vert du Rwanda - FONERWA

Le Fonds National de l'Environnement du Rwanda (FONERWA) a récemment accueilli une délégation du Burkina Faso pour echanger les leçons de l’expérience du Rwanda en matière de croissance verte et de résilience au changement climatique. À l'issue de sa visite au Rwanda, Amadou Oury Sanou, directeur de la communication et des relations publiques du Fonds pour les interventions en faveur de l'environnement au Burkina Faso, a présenté les enseignements tirés de l'expérience et les perspectives sur la situation du financement climatique en Afrique. Lisez l'interview complète ci-dessous.
 
Quelles sont vos impressions sur le Fonds vert du Rwanda?
 
Plusieurs pays du continent ont mis en place, au cours de la dernière décennie, des fonds nationaux dans l’objectif de mobiliser des financements internationaux, des ressources budgétaires nationales et des financements privés. Le Fonds vert du Rwanda (FONERWA) fait figure de pionnière parmi ces instruments en matière de mobilisation des financements internationaux et surtout ceux liés à la lutte contre les changements climatiques. A titre d’exemple tiré de nos informations avant le séjour sur Kigali, il ressort que le FONERWA est le plus important fonds africain axé sur la demande et est directement responsable du financement d'un développement sobre en carbone et résilient au changement climatique au Rwanda. Autant de réalités qui ont font penser que le FONERWA est une structure dynamique et engagée dans la lutte contre le changement climatique mais aussi une institution qui a encore beaucoup d’ambitions à réaliser avec déjà des résultats d’actions concrètes à présenter. En résumé, le Fonds vert du Rwanda est un instrument qui a de l’expérience dans ce qu’il fait et qu’il fallait visiter pour s’en inspirer.
 
Pourquoi les fonds climatiques sont-ils importants pour l'Afrique?
 
Il est connu que la responsabilité du réchauffement climatique incombe beaucoup plus aux pays du Nord que du Sud. Sur le continent, le besoin de financement surtout des actions d’adaptation est criard. De façon générale, les défis environnementaux de nos pays sont très nombreux. Qu’il s’agisse de la dégradation des terres, la dégradation du potentiel en ressources en eau, la non durabilité du système énergétique, les problèmes d’environnement urbain, des pollutions et nuisances diverses, de l’érosion de la biodiversité, l’unanimité se dégage sur les conséquences négatives des fortes pressions exercées sur les ressources naturelles. Les impacts économiques sont également graves. Au Burkina, les dommages environnementaux engendrent des inefficiences économiques estimées à environ 20 % du PIB, soit environ 760 milliards FCFA par an de pertes liées à la dégradation de l’environnement. Sur le plan social, ces impacts négatifs touchent particulièrement les ménages les plus pauvres qui tirent la majorité de leurs revenus de l’agriculture, de l’élevage et des ressources naturelles en général. Lorsque viennent s’ajouter les questions des changements climatiques avec leurs besoins de financement, les déficits deviennent plus grands pour les Etats qui ne s’en sortent pas. C’est pourquoi, il est important pour les pays du continent de recourir aux fonds climatiques.
 
Que peut apprendre le Rwanda du Burkina Faso en matière d’action pour le climat?
 
Le Rwanda et le Burkina ne vivent peut être pas les mêmes effets des changements climatiques. Les caractéristiques dans le contexte du Burkina sont marquées par une augmentation de la température moyenne, une baisse de la pluviométrie, une perturbation des cycles saisonniers, la recrudescence des phénomènes extrêmes tels que les sècheresses, les inondations, les vagues de chaleur, les vents violents, etc. Ces manifestations ne sont certainement pas aussi bien connues au Rwanda. De ce fait, le Burkina pourrait avoir quelque chose à partager avec le Rwanda dans le domaine de la recherche scientifique. Le Rwanda accorde une place importante à l’implication des communautés dans ses actions de lutte contre les changements climatiques. Dans ce domaine, les pratiques sont certes différentes au Burkina, qui a un faible accès aux financements internationaux, mais pourraient intéresser le Rwanda. Il faut dire qu’en matière d’implication des communautés, le Burkina a perpétué des exemples réussis sous la révolution (1983 à 1987) et qui continuent de faire école. Par ailleurs, le Rwanda a aujourd’hui de l’expérience à revendre à beaucoup de pays dans l’action pour le climat aussi bien dans l’initiation et la mise en œuvre de pratiques innovantes que dans la consultance pour l’accès aux financements internationaux. Ce sont autant de pistes de collaboration à explorer.
 
Que peut apprendre le Burkina Faso du Rwanda en matière d’action pour le climat?
 
Les réponses aux changements climatiques nécessitent des structures multisectorielles qui relient les ministères et plusieurs autres organisations au-delà d'un ministère de l'environnement. Une structure institutionnelle adéquate doit être suffisamment ouverte à la participation d'autres partenaires et parties prenantes tels que les banques de développement, le secteur privé, la société civile et les instituts de recherche. Cette réussite institutionnelle existe au Rwanda et cela peut inspirer le Burkina qui y aspire.
 
L'accès aux financements du Fonds vert fait référence à la capacité d'un pays bénéficiaire à dialoguer avec des institutions de financement climatique et de bénéficier des fonds disponibles. La scène du financement climatique international évolue rapidement. Les fonds nouvellement créés développent des règles et des conditions de plus en plus complexes, nécessitant une connaissance et une capacité approfondies pour suivre l'évolution du paysage international en matière de financement climatique. Le Rwanda, au regard de son expérience, maitrise déjà tous ces rouages. Pour preuves, le FONERWA a réussi à développer des projets liés au climat et une plateforme solide et bien soutenue grâce à laquelle d'autres institutions gouvernementales et non gouvernementales peuvent partager des leçons et mener collectivement la stratégie du Rwanda sur le changement climatique. Aussi, le gouvernement rwandais a pu mettre en place un programme de transparence gouvernementale et de réforme fiscale afin de fournir une vision de développement et une coordination cohérente des politiques. Cela aurait permis de tirer profit de nouvelles opportunités de financement du climat. Toutes ces prouesses séduisent et inspirent le Burkina.
 
Si on veut résumer, on pourrait dire que :
 
  • Le Rwanda est un modèle de développement en Afrique en ce sens qu’il présente des expériences réussies dans plusieurs domaines de la vie économique et fait preuve d’une vision cohérente du développement durable.
  • Le Rwanda est une référence internationale en matière de protection de l’environnement et de lutte contre les changements climatiques avec des initiatives à succès qui pourraient inspirer plusieurs pays du continent.
  • Le Rwanda dispose d’une vision nationale et une expérience difficilement comparable en matière de mobilisation des ressources du Fonds vert.
  • Le Rwanda a réussi à inscrire la question climatique dans la mobilisation des investisseurs qui s’intéressent au pays et a su répondre aux exigences du Fonds Vert, ce qui est difficile dans beaucoup de pays.
 
Quelle leçon clé rapporterez-vous à la maison?
 
Venus à Kigali pour avoir principalement les meilleures orientations pour l’accréditation du Fonds d’Intervention pour l’Environnement (FIE) au Fonds Vert pour le Climat, nous sommes repartis avec la conviction que même si le processus est long et difficile à priori, il mérite que l’on s’y engage avec en mémoire que le tout n’est pas d’être accrédité mais de pouvoir tirer profit de l’accréditation en proposant des projets pertinents et finançables. Dans le même temps, il faut penser à faire accréditer d’autres entités pour absorber plus de ressources et assurer le financement par exemple du secteur privé en soutien aux efforts du public dans la lutte contre les changements climatiques. Aussi, il faut avoir conscience du fait qu’il existe d’autres mécanismes de financement à explorer en dehors du Fonds vert.
 
Amadou Oury SANOU
Directeur de la Communication et des Relations Publiques du Fonds d’Intervention pour l’Environnement (FIE)